Ainsi est né Homo bodoensis, notre ancêtre supposé

Face au flou qui règne autour de la définition d’Homo heidelbergensis, une équipe de chercheurs propose de créer une nouvelle espèce, baptisée Homo bodoensis, essentiellement africaine et sud-européenne durant le Pléistocène moyen. Sur l’arbre phylogénétique, ces mêmes scientifiques la positionnent comme l’ancêtre direct d’Homo sapiens.

Pas de nouveau squelette, mais une nouvelle espèce. Une équipe de quatre paléoanthropologues affiliés à quatre universités différentes ont proposé, dans la revue Evolutionary Anthropology, la description d’une nouvelle espèce humaine. Baptisée Homo bodoensis, celle-ci a vocation à apporter une réponse au flou concernant la définition d’Homo heidelbergensis, une espèce décrite pour la première fois à partir d’une mandibule découverte en 1907. Sauf que depuis, elle compte dans ses rangs des fossiles africains et européens, dont les liens ne convainquent pas l’intégralité de la communauté scientifique.

Homo bodoensis, l’Africain

Ainsi, Mirjana Roksandic et ses collaborateurs décrivent Homo bodoensis, à partir des fossiles connus, comme une espèce ayant vécu durant le Pléistocène moyen, une période appelée Chibanien depuis 2020, soit entre -780.000 et -126.000 ans. Ils se basent, pour décrire leur modèle, sur un crâne de 600.000 ans retrouvé en 1976 sur le site de Bodo d’Ar (Ethiopie). Ils incluent dans leur nouveau taxon d’autres squelettes, parmi lesquels le crâne de Kabwe 1 (-300.000 ans, Zambie), les crânes de Ndutu, de Ngaloba (Tanzanie), ou encore les restes de la boîte crânienne de l’Homme de Saldanha (Afrique du Sud), considérés tantôt comme des Homo erectus, des Homo rhodesiensis ou des Homo heidelbergensis. Selon leur description, Homo bodoensis se limite à l’Afrique et l’Europe méditerranéenne.

Quid des squelettes estampillés Homo heidelbergensis décrits en Europe ? Pour les auteurs, il faut tout simplement supprimer cette nomination, et désormais les regrouper parmi les pré-Néandertaliens. Idem pour Homo rhodesiensis, utilisé uniquement pour des restes humains africains, taxon accusé d’être mal défini, et surtout à la connotation négative. En effet, l’espèce a été définie après la découverte Kabwe 1 en 1921, sur un territoire appelé à l’époque Rhodésie (Zambie aujourd’hui), dont le nom découle du Britannique Cecil Rhodes, un homme d’affaires impliqué dans la traite des populations autochtones. Le supprimer éviterait de conserver ce lien à la colonisation.

Présenté comme un ancêtre direct d’Homo sapiens

Dans un arbre phylogénétique simplifié du genre humain, l’équipe de chercheurs positionne Homo bodoensis comme l’espèce directement à l’origine d’Homo sapiens, descendant elle-même du dernier ancêtre commun aux Homo sapiens, aux Néandertaliens et aux Dénisoviens (voir figure 1).

Néanmoins, si ce travail avait vocation à mettre un terme aux désaccords au sein de la communauté scientifique, il ne fait pas l’unanimité. Déjà parce que le lien d’ascendance entre Homo heidelbergensis européen et l’Homme de Néandertal n’est peut-être pas aussi clair : des études génétiques sous-entendent que l’Homme de Néandertal aurait pu apparaître plus tôt qu’on ne le pensait, et pourrait même être antérieur à son ancêtre supposé.

D’autre part, le paléoanthropologue britannique Chris Stringer a souligné dans le journal New Scientist que la dénomination Homo rhodesiensis devrait être conservée, car elle n’honore pas Cecil Rhodes, mais le territoire où la découverte s’est produite. De plus, il tient à rappeler les règles en vigueur de la Commission internationale de la nomenclature zoologique : celles-ci précisent notamment que le premier nom donné a la primeur. Le scientifique rappelle également que l’Homme de Saldanha, avant d’être intégré à l’espèce Homo rhodesiensis avait été nommé Homo saldanensis. D’après les mêmes règles, cette dénomination devrait être prioritaire sur Homo bodoensis.

Une réflexion sur “Ainsi est né Homo bodoensis, notre ancêtre supposé

  1. Intéressant pour les espèces avant l’homme moderne, sauf que cela nécessite plus de comparaisons entre restes et continents. La position des fossiles de l’Afrique du Nord pour cette période du Chibanien? Les restes de Tighenif, Sidi Abderrahmane, Thomas I, …
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