Pourquoi certains de nos ancêtres étaient-ils cannibales ?

De nombreuses traces indiquent que les êtres humains se mangeaient entre eux depuis des centaines de milliers d’années au moins. Quelles étaient leurs motivations ? Une étude récente rejette l’idée que nos ancêtres voyaient en leurs semblables une ressource alimentaire…

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Les Hommes seraient cannibales depuis 1 million d’années au moins… © Steinchen, Pixabay.com, DP

Cannibalisme : le mot est aujourd’hui synonyme de barbarie, d’horreur, voire de sauvagerie ou de monstruosité. De quoi destituer du statut d’humain certains auteurs d’anthropophagie. Une idée, d’ailleurs, qui ressort d’un film récent de Jamel Debbouze, Pourquoi j’ai pas mangé mon père, et qui, au-delà de l’humour, sous-entend que nos ancêtres sont devenus humains du jour où ils ont arrêté de dévorer leurs semblables. Une erreur dont on ne tiendra pas rigueur à l’humoriste, qui n’est pas spécialiste de la question, mais qui montre surtout la position de notre société vis-à-vis de l’anthropophagie.

Reste pourtant qu’au cours de l’histoire humaine, le cannibalisme n’a semble-t-il pas été marginal. D’une part, certains spécialistes s’étonnent de constater un si petit nombre de restes humains à travers le monde. Eu égard au nombre de représentants du genre Homo qui ont peuplé la Terre et à la rareté relative de la fossilisation, des estimations statistiques laissent entendre qu’on aurait dû retrouver davantage de spécimens humains. Certes, les futures fouilles en déterreront encore beaucoup, mais l’idée sous-jacente est de mettre en évidence la disparition totale de certains corps, dévorés. Par qui ? Par des prédateurs et charognards sauvages, d’une part, mais aussi par cannibalisme rituel : à la mort d’un proche, le groupe pouvait se partager le corps du défunt pour le faire vivre, lui et ses ancêtres, parmi eux. Ou bien, après un conflit ou une guerre, dévorer l’âme des vaincus. Comme des chimpanzés ont pu le faire.

CANNIBALISME RITUEL OU ALIMENTAIRE ?

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Dans certaines cultures préhistoriques guerrières, les crânes des vaincus servaient parfois de calices. © Elianemey, http://www.pixabay.com, DP

Au-delà des simples supputations, des traces concrètes confirment que des Néandertaliens dévoraient leurs semblables. Une analyse parue en 2016 dans Scientific Reports démontre que des ossements humains, âgés de 40 000 ans, ont subi le même sort que ceux de chevaux ou de rennes, aliments principaux de nos cousins humains Autrement dit : ils ont été dévorés. Et encore : ces pratiques remonteraient à bien plus loin. Dans la fameuse Sima de los huesos (la « grotte des os ») sur le site espagnol d’Atapuerca (Espagne), des restes d’Homo antecessor, un prénéandertalien vieux de près d’un million d’années, suggère déjà ce genre de pratique morbide. Un peu plus au nord, dans les Pyrénées françaises à Tautavel, Homo erectus aurait, il y a 680 000 ans, continué en ce sens. Et ces méthodes auraient toujours eu cours en Angleterre, il y a environ 15 000 ans, dans la grotte de Gough, chez des Homo sapiens. Sans négliger la grotte croate de la Krapina, celle de Maszycka en Pologne, ou bien les étranges habitudes des peules guerriers Scythes ou Gaulois, qui buvaient après le combat dans le crâne de leurs adversaires vaincus.

Mais pourquoi de telles pratiques ? Si les raisons divergent sûrement selon les époques, la question qui anime la communauté scientifique tend vers plus de simplicité : était-ce une façon de se nourrir ou les conséquences d’un rite funèbre (plus ou moins macabre) ?

UN CHEVAL, CINQ HOMMES

James Cole, un scientifique britannique de l’université de Brighton, a tenté d’apporter sa contribution. En se basant sur des études réalisées lors de la moitié du XXe siècle portant sur les corps de quatre hommes adultes, il a estimé les apports caloriques d’un être humain, en comparaison avec les proies habituelles des Hommes du passé. Compilées dans Scientific Reports, ses conclusions tendent à indiquer que les humains du paléolithique devaient avant tout pratiquer l’anthropophagie pour des raisons rituelles, que pour des motivations alimentaires. Car l’Homme n’est pas très calorique.

Pour faire court, en dévorant une personne de 55 kg, on retire très exactement 125 822,25 kcalories, la graisse étant la partie la plus nourrissante, devant les muscles, la moelle osseuse, le système nerveux et le foie. Ce n’est pas si mal : ça permet de nourrir entre une quarantaine et une cinquantaine de personnes actives physiquement en un jour.

Mais ce n’est rien à côté de la faune sauvage que les Hommes du paléolithique avaient l’habitude de chasser. Quand la musculature d’un homme fournit 32 000 kcal, celle d’un mammouth en apporte 3,6 millions, un rhinocéros laineux 1,2 million, un auroch près d’un million, un bison plus de 600 000, un cheval 200 000, et un cerf 160 000. Ce qui reste l’équivalent de 5 êtres humains… Face à ces données, James Cole suppose donc que l’Homme n’était pas dévoré pour survivre, mais par rituel, qu’il soit funéraire ou guerrier. Une autre étude viendra-t-elle un jour contredire ses conclusions ?

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