La Normandie, terre de préhistoire humaine

Lorsque l’on évoque la préhistoire humaine en France, nos pensées se tournent spontanément vers Tautavel, la grotte Chauvet ou celle de Lascaux, entre autres trésors que nous ont laissés les hommes d’antan. Et s’il fallait aussi ne pas négliger la Normandie ?

08-le_langage©Benoit_Clarys-BD

Illustration d’une scène de vie quotidienne néandertalienne. © Benoît Clarys

Le Rozel est aujourd’hui une petite commune de moins de 300 âmes située dans le département de la Manche, bordée par la mer du même nom, en face des îles anglo-normandes. Si le nom ne demeure que peu familier, il est pourtant le lieu de découvertes paléoanthropologiques assez incroyables. Depuis les années 1960, de nombreux éclats de silex et des restes d’os d’animaux y ont été retrouvés, exceptionnellement bien conservés, et contribuent à la renommée de ce petit village.

Ces traces d’occupations humaines ont été datées de 110.000 ans, et constituent des ressources préhistoriques assez rares, surtout pour la région, dont l’acidité des sols tend généralement à détériorer les os. Mais grâce à un processus de sédimentation relativement rare, ces artefacts et ces fragments osseux sont parvenus jusqu’à nous.

Quelques exemples d'outils retrouvés à aint-Brice-sous-Rânes (61) au Paléolithique Moyen. © Guérin

Quelques exemples d’outils retrouvés à aint-Brice-sous-Rânes (61) au Paléolithique Moyen. © A. Guérin

A l’époque, point d’Homo sapiens dans la région : tous se concentrent en Afrique. Ces outils sont donc l’oeuvre de Néandertaliens. Ceux-ci habitaient l’endroit il y a 110.00 ans mais ne comptent pas parmi les premiers Normands, puisque la région française serait habitée presque de manière continue depuis les 500.000 dernières années… Quasiment aucun ossement humain pour en attester (les restes de l’Homme de Tourville-la-Rivière (76) sont les plus anciens retrouvés dans la région, et sont estimés à environ 200.000 ans), mais la large collection d’artefacts retrouvés ne laisse guère de place au doute.

Une préhistoire non valorisée

Ainsi, si la Normandie ne jouit pas de la même aura que la Dordogne, Tautavel ou la grotte Chauvet en termes de préhistoire humaine, la région compte néanmoins quelques ressources insoupçonnées, mais qui ne sont pas suffisamment mises en valeur. Un manquement que le Musée de Normandie a voulu pallier, en proposant du 27 juin au 3 janvier 2016 une exposition intitulée « Dans les pas de Néandertal« .

Le patron des lieux, Jean-Marie Levesque (conservateur en chef et directeur du musée), le reconnaît : « On communique très peu sur la préhistoire de la Normandie, il n’y a quasiment rien sur le Paléolithique malgré la popularité du sujet ». C’est alors que depuis quelques années, avec l’aide de la Drac de Basse-Normandie et l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives), il prépare une exposition à la hauteur des découvertes réalisées. « Les fouilles se poursuivent et donnent des résultats convaincants, mais nous manquons cruellement d’une structure, d’un équipement, qui permettrait de restituer les résultats de ces travaux. Il a fallu attendre 2015 avant d’avoir la première exposition rétrospective sur la région », constate-t-il.

Le Rozel, une mine d’or

Site de fouille du Rozel (Manche) © Chambellan

Site de fouille du Rozel (Manche) © A. Chambellan

Mais qu’y apprend-on ? D’abord, la recontextualisation nécessaire afin de repositionner les espèces humaines les plus célèbres dans l’espace et le temps, et ainsi familiariser le grand public avec l’idée qu’Homo heidelbergensis et ses descendants Néandertaliens sont de vrais européens, et qu’ils occupent la partie occidentale du continent depuis des centaines de milliers d’années. Mais encore ? « La Normandie offre de nombreuses informations sur la relation entre Néandertal et son territoire, la façon dont il se l’approprie, ce qu’on ne retrouve pas dans les abris sous roche de Dordogne par exemple, reprend Jean-Marie Levesque. Le site du Rozel révèle que les groupes humains revenaient régulièrement au même endroit sur plusieurs millénaires et qu’ils optaient pour une spécialisation des espaces : certains foyers étaient consacrés à la boucherie, d’autres à la fabrication d’outils, etc. »

Entre autres richesses. Car le conservateur évoque un chiffre tout à fait inédit. « Plus de 90 % des empreintes de pas et de mains retrouvées et attribuées à l’Homme de Néandertal sur toute son aire de répartition se trouvent au Rozel. » Incroyable ! Il paraîtrait même que Dominique Cliquet, qui supervise les fouilles sur le site, aurait trouvé des empreintes de pas d’enfants, entourées par celles d’adultes. « Comme s’il avait capté un moment du quotidien de ces hommes, pendant lequel un parent apprenait à son enfant à marcher », évoque Jean-Marie Levesque.

Des grottes ornées en Vallée de Seine

On peut voir un cheval gravé dans la grotte de Gouy (76), daté d'il y a

On peut voir un cheval gravé dans la grotte de Gouy (76), daté d’il y a 12.000 ans. © H. Paitier, INRAP

Quelques cartels, placés au milieu des dermoplasties, des dessins ou autres maquettes tendent à révéler également la variabilité qu’a connue la Normandie durant les 500.000 dernières années. Entre périodes glaciaires et interglaciaires, les fluctuations climatiques ont évidemment façonné les paysages et la faune environnante, comme le montrent les animaux reconstitués, dont un petit mais néanmoins imposant mammouth laineux, ou son cousin tout aussi velu, le rhinocéros laineux. Et la part de glaces emprisonnées dans la banquise a elle aussi changé. Il fut des époques où celles-ci descendaient jusque dans l’actuelle Angleterre, si bien que les fonds de la Manche constituaient de vastes plaines. Ce qui explique pourquoi l’incroyable site de La Mondrée, sur la commune de Fermanville (50) a révélé des artefacts à quelque 20 m au-dessous du niveau des mers d’aujourd’hui. D’autres trésors archéologiques doivent attendre sagement les plongeurs.

Et, on l’ignore bien souvent : les grottes ornées ne se limitent pas à l’Espagne ou au sud de la France. Si l’on en trouve ailleurs qu’en Europe, les plus septentrionales de l’Hexagone se situent… En Normandie ! « Dans la grotte de Gouy par exemple, on observe de nombreuses traces gravées d’animaux, principalement des chevaux, en plus de quelques représentations féminines, avec des vulves, en plus de décors géométriques datés d’il y a 12.000 ans, reprend Jean-Marie Levesque. On retrouve d’autres grottes semblables dans la vallée de Seine à la même époque, comme à Orival. Malheureusement, ces lieux sont mal protégés et pas toujours bien étudiés. »

En ressortant de l’exposition, on prend un peu plus la mesure du passé de la Normandie, y compris de son occupation. Et l’on regrette ce manque criant de valorisation. Pourtant le sujet intéresse. « Nous avons eu plus de 15.000 visiteurs durant l’été, enchaîne le conservateur. C’est un bon chiffre, digne d’une exposition sur les Vikings. » Peut-être est-ce un signal assez fort qui faciliterait l’émergence d’un musée permanent…

Publicités

Une réflexion sur “La Normandie, terre de préhistoire humaine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s