Qui étais-tu Homo naledi ?

Une découverte de plus de 1.500 ossements au fin fond d’une grotte en Afrique du Sud révèle la présence d’une quinzaine d’individus appartenant à la même espèce, encore inconnue des paléoanthropologues. Ses caractéristiques les poussent à la ranger dans le genre humain. Elle est ainsi baptisée Homo naledi. Mais qui étaient ces hominidés ?

Les 1.550 os d'Homo naledi constituent une collection incroyable, puisqu'ils représentent à eux seuls 90 % des fossiles humains retrouvés en Afrique du Sud. © Lee Berger et al., eLife

Les 1.550 os d’Homo naledi constituent une collection incroyable, puisqu’ils représentent à eux seuls 90 % des fossiles humains retrouvés en Afrique du Sud. © Lee Berger et al., eLife

« L’Homme étoile. »
Ainsi se traduit le nom donné à nouvelle espèce humaine dévoilée officiellement ce jeudi 10 septembre 2015 lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Johannesburg, en même temps qu’étaient publiés deux études dans la revue libre d’accès eLife (ici et ). Les restes fossilisés d’au moins une quinzaine d’individus ont été retrouvés au fin fond des grottes de Rising Star (« étoile montante »), à une heure de route au Nord-Ouest de Johannesburg.

Avec une collection de plus 1.550 os, les chercheurs disposent d’une base de données incroyable pour se donner une idée de qui étaient ces créatures. Ces restes, trouvés dans un endroit très difficile d’accès, correspondent à ceux d’au moins 15 individus différents, de tous âges. Leur anatomie révèle certes un petit cerveau, de la taille d’une orange dans un corps haut d’ 1,5 m et pesant 45 kg, mais des pieds et des mains semblables aux hommes modernes. Pas de doute pour l’équipe d’une soixantaine de scientifiques derrière cette découverte, dirigée par Lee Berger : ces individus sont à ranger dans le genre humain. L’espèce, jusqu’alors inconnue, a alors été baptisée Homo naledi, « naledi » étant le mot local pour « étoile », référence à la grotte où ces fouilles ont été menées, en 2013 et 2014.

Paradoxe.
Si la nouvelle fait grand bruit, elle laisse finalement les spécialistes face à un puzzle beaucoup plus complexe à remettre en place. Rappelons que le schéma linéaire australopithèque => Homo habilis => Homo erectus => Homo neandertalensis => Homo sapiens est depuis longtemps jeté à la poubelle : les spécialistes privilégient un scénario plus complexe, dit buissonnant, parce qu’on a depuis découvert de nombreuses autres espèces humaines, qui ne descendent pas forcément les unes des autres et qui ont parfois coexisté. Si bien qu’on s’y perd, qu’on ne sait plus qui vient de qui. ni qui pouvait se mélanger avec qui, etc. Un vrai mic-mac dans lequel on se perd un peu…

Dans ce contexte, il n’est finalement pas surprenant de découvrir une nouvelle espèce apparentée au genre Homo. Sûrement en trouverons-nous d’autres encore. Mais celles-ci, alors qu’elles sont porteuses de nouvelles connaissances, compliquent davantage encore un scénario déjà plus que confus. Où les replacer dans l’arborescence de l’humanité ?

Le crâne d'Homo naledi est comparé à ceux de ses congénères. © Lee Berger et al., eLife

Le crâne d’Homo naledi est comparé à ceux de ses congénères. © Lee Berger et al., eLife

Les caractéristiques physiques d’Homo naledi se montrent elles aussi paradoxales. Un peu comme un mélange d’Homme moderne et d’australopithèque. Une créature bien adaptée à la bipédie et à l’utilisation d’outils, mais au petit cerveau. Les scientifiques rapprochent donc cette espèce des humains primitifs africains qu’étaient H. habilis ou H. erectus. Sans véritables certitudes dans le fond. Pourquoi ? Parce que les restes n’ont pour l’heure pas pu être datés. Une chose semble certaine : la grotte au fond de laquelle ils reposaient n’a pas plus de 3 millions d’années d’après les géologues. Jusque-là rien de révolutionnaire puisque les premiers humains n’auraient pas plus de 2,8 millions d’années, d’après les découvertes les plus récentes (oui, parce qu’elles aussi remettent en cause des dogmes jusque-là établis…). Pour trancher, les scientifiques espèrent pouvoir dater les sédiments calciques alentours et ainsi déterminer depuis quand sont morts ces individus.

Un étrange tombeau.
Mis à part ces questionnements sur la période de vie et la parenté de H. naledi avec ses cousins humains, se pose une tout autre question : que foutent 15 individus morts à cet endroit ? Finalement, trois grandes hypothèses se détachent :

  1. Ou ils sont tous morts en même temps, à cause d’une soudaine montée des eaux par exemple ;
  2. Ou ces lieux étaient dangereux à l’époque et plusieurs individus sont morts au même endroit dans un laps de temps relativement court ;
  3. Ou bien encore les cadavres y ont été déposés par les congénères, ce qui ressemblerait beaucoup à une forme de tombeau.

S’il est encore bien tôt pour se montrer affirmatif, l’absence d’ossements d’autres animaux ou de traces d’outils (pour l’instant au moins), laisse penser les auteurs de la découverte que l’endroit ne servait pas de lieu de vie. Autrement dit, la troisième hypothèse serait privilégiée à l’heure actuelle par les scientifiques à l’origine de ce travail. Une vraie révolution si cela venait à être validé ! Car les premiers rituels humains sont associés aux Néandertaliens, bien des centaines de milliers d’années plus tard, en Europe. Là encore, tout semble se compliquer…

Qui était-il alors ?
Eh bien difficile à dire… A priori, une espèce humaine parmi d’autres, réfugiée au sud de l’Afrique à une époque plutôt reculée, avec des caractéristiques archaïques et modernes à la fois, à la pensée peut-être particulièrement avancée pour l’époque. Ou pas.

En réalité, les éléments demeurent beaucoup trop ténus pour en déduire des résultats définitifs. Lorsqu’une équipe de recherches réalise une belle découverte, elle a parfois tendance à s’emballer et asséner des conclusions un peu trop précipitées. Attendons que les spécialistes s’emparent du débat et tendent vers une forme de consensus raisonnable.

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