Y aurait-il un lien entre le langage et les outils ?

C’est une expérience pour le moins originale à laquelle se sont livrés des étudiants britanniques, qui suggère que notre langage si complexe pourrait provenir du besoin d’échanger afin de créer des outils dès les premiers temps de l’humanité.

L'oldowayen correspond à la plus ancienne industrie lithique, et donc la plus archaïque et simpliste. © Didier Descouens, Wikipédia, cc by sa 3.0

L’oldowayen correspond à la plus ancienne industrie lithique, et donc la plus archaïque et simpliste. © Didier Descouens, Wikipédia, cc by sa 3.0

Ne dit-on pas que les paroles s’envolent et que les écrits restent ? Ce proverbe se révèle d’autant plus vrai pour les archéologues, les paléoarchéologues et autres paléoanthropologues qui cherchent à dater et comprendre l’origine du langage. Pourquoi nos ancêtres se sont-ils mis un jour à communiquer par des sons distinctement articulés qu’aucun autre groupe animal ne maîtrise ? Et à quand cela remonte-t-il ?

Pour produire des estimations, les spécialistes recourent à des artifices afin d’estimer la maîtrise du symbolisme ou tout signal qui pourrait sous-entendre l’émergence d’échanges complexes entre individus. L’art pariétal sert par exemple de repère : c’est pourquoi certains pensent qu’au plus tard, le langage articulé a fait son apparition dans les 50.000 dernières années. Mais cela paraît bien tardif. D’autres placent l’émergence d’un protolangage dès lors que le groupe Homo a pointé son nez, il y a plus de 2 millions d’années. Mais toutes ces études reposent sur des faits hypothétiques.

Savez-vous taillez les pierres à la mode oldowayenne ?

Thomas Morgan, de l’université de Californie, à Berkeley, a voulu aborder la problématique sous un autre angle : soumettre son idée à l’expérience. Le chercheur imagine en réalité qu’une forme de langage était nécessaire à nos ancêtres tailleurs de pierre pour transmettre leur savoir-faire à leurs congénères de l’époque. Et a voulu vérifier si nous nous montrions aussi efficaces dans la conception d’outils lithiques si notre mentor nous montrait simplement, ou s’il nous expliquait comment faire.

Alors il a constitué 5 groupes à partir de 184 étudiants recrutés à l’université de Saint-Andrews (Royaume-Uni). Dans chacun de ces groupes, les archéologues apprenaient à un seul individu à tailler les pierres selon la mode oldowayenne, retrouvée en Afrique il y a 2,5 millions d’années, en même temps que les premiers représentants de la lignée humaine. Les artefacts de pierre restent très rudimentaires.

Puis, le professeur devait alors apprendre aux membres de son groupe, selon des méthodes différentes. Dans un clan, les élèves devaient copier le maître uniquement à partir du « marteau », de la pierre à travailler et de quelques exemples du résultat à obtenir. « Débrouillez-vous » en quelque sorte. D’autres devaient s’inspirer de la seule observation de la méthode de travail de celui qui maîtrise la technique. Dans le troisième groupe, les participants se montraient le fruit de leur travail mais sans exprimer les gestes qui les avaient menés à un tel résultat. Dans le quatrième groupe, les cobayes étaient autorisés à mimer les gestes devant les autres, mais ne pouvaient parler. Enfin, les derniers avaient le droit à la parole pour tenter de mieux s’encadrer.

LA LANGUE DES ORIGINES

Vous ne serez pas surpris de lire que ceux qui n’ont fait qu’observer le matériel et le résultat ont connu quelque difficultés à reproduire les outils oldowayens. Les deux groupes suivants ont connu légèrement plus de succès. Mais beaucoup moins que dans les deux derniers groupes, ou les mimes et/ou le dialogue étaient autorisés. D’après les conclusions publiées dans Nature Communications, l’enseignement par geste permet de doubler la probabilité d’obtenir un outil efficace, tandis que les explications verbales multiplient par 4 la chance de réussir sa taille de pierre.

Il n’en fallait pas plus pour les auteurs pour penser que l’apprentissage des techniques a pu être facilité par le discours et ainsi contribuer à la réussite du développement de l’espèce humaine, et ce, dès l’Oldowayen, il y a 2,5 millions d’années. Les auteurs osent évoquer la possible existence d’un proto-langage à cette époque reculée. Mais imaginent surtout que la communication verbale fut plus importante encore pour transmettre des techniques plus modernes et complexes : celles de l’Acheuléen.

La force de ce papier réside dans son protocole expérimental, permettant de tester une hypothèse, au contraire des études sur la même thématique qui recourent davantage à l’intuition et au bon sens. Néanmoins, elle comporte son lots de défauts et de biais potentiels qui invitent à la prudence quant à l’interprétation des résultats. Pour son originalité et son intérêt, elle mérite malgré tout d’être mentionnée.

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