L’Eve mitochondriale s’est trouvée un de ses proches, mort il y a 2.300 ans

L’ADN d’un homme mort en Afrique du Sud en 315 avant J.-C. vient de parler. Ce pêcheur-cueilleur appartenait à la lignée humaine la plus proche de l’Eve mitochondriale, la mère de tous les Hommes d’aujourd’hui.

L'ADNmt d'un squelette retrouvé dans l'actuelle Afrique du Sud est le plus proche jamais retrouvé de celui de l'Eve mitochondrial. © YNSE, Flickr, cc by 2.0

L’ADNmt d’un squelette retrouvé dans l’actuelle Afrique du Sud est le plus proche jamais retrouvé de celui de l’Eve mitochondrial. © YNSE, Flickr, cc by 2.0

En 2010, une équipe scientifique dirigée par Andrew Smith, de l’université du Cap (Afrique du Sud) fait une drôle de trouvaille sur le territoire de St Helena Bay. Ils y exhument le squelette d’un homme haut de 1,5 m, enterré avec des coquillages. Un fait surprenant car les chasseurs-cueilleurs de la région ne sont pas connus pour inhumer leurs morts. La datation révèle que cet individu a disparu en 315 avant J.-C., selon notre calendrier grégorien. A cette époque, les Athéniens avaient instauré la démocratie depuis deux siècles, Aristote venait de mourir un an après Alexandre le Grand, et la civilisation égyptienne embrassait la culture hellénique. Cet homme était donc presque notre contemporain.

A gauche, le squelette de l'homme de St-Helena bay (a). A droite, la dent (b) et le morceau de côte (c) utilisés pour l'analyse ADN. © A. Morris et al., Genome Biology and Evolution, cc by 4.0

A gauche, le squelette de l’homme de St-Helena bay (a). A droite, la dent (b) et le morceau de côte (c) utilisés pour l’analyse ADN. © A. Morris et al., Genome Biology and Evolution, cc by 4.0

Pourtant, ce squelette recèle d’informations cruciales sur l’origine de l’humanité. Une première analyse anatomique révèle que cet homme, mort à la cinquantaine, souffrait d’une excroissance osseuse autour du canal auditif, bien connue des surfeurs d’aujourd’hui. Cette particularité apparaît en effet chez les personnes habituées à plonger la tête sous l’eau froide. L’individu ne devait pas attendre la vague mais, de manière plus probable, vivait de la pêche. En effet, la région ne découvre l’agriculture que 500 ans plus tard, quand des fermiers venus du nord amènent leurs troupeaux.

Mais Andrew Smith ne se satisfait pas de cette seule étude anatomique. Il contacte Vanessa Hayes, spécialiste australienne du génome africain. La tâche n’est pas simple : les sols acides dans lequel il a baigné depuis plus de 2.300 ans ont probablement abîmé l’ADN. Seules les techniques les plus modernes permettent de retrouver la séquence originelle, sans risquer la contamination. Elle sollicite alors l’Institut Max Planck de Leipzig, expert dans la reconstitution de génomes d’Hommes anciens.

La plus vieille lignée humaine

Le verdict tombe : l’ADN mitochondrial de ce pêcheur-cueilleur n’a jamais été observé dans la population humaine actuelle. Ce groupe humain n’a semble-t-il pas laissé de descendants. Plus fort encore, les séquences présentent des similitudes inédites avec celles de la supposée Eve mitochondriale. Qui est-elle ? Il s’agit d’une femme hypothétique, ayant probablement vécu en Afrique de l’Est il y a environ 150.000 ans, qui serait la mère de toute l’humanité actuelle. Si nous avons tous en nous des fragments de son ADN mitochondrial, le temps et les mélanges nous font diverger plus ou moins de la séquence originelle. Or, ici, les scientifiques ont obtenu les séquences les plus proches de cet être très ancien, dans un groupe d’humains modernes.

Ce schéma, simpliste, donne une idée des lignées matrilinéaires depuis l'Eve mitochondriale. La catégorie "reste de l'humanité" cache en fait une très forte diversité qu'il était inutile de représenter ici. © Hommeni'Sciences

Ce schéma, simpliste, donne une idée des lignées matrilinéaires depuis l’Eve mitochondriale. La catégorie « reste de l’humanité » cache en fait une très forte diversité qu’il était inutile de représenter ici. © Hommeni’Sciences

L’article scientifique qui découle de cette découverte, publié dans Genome Biology and Evolution, suggère donc que cette ethnie s’est séparée du reste de la lignée des Hommes actuels peu de temps après la vie de cette Eve, avant même que les Bochimans, peuplades de chasseurs-cueilleurs africains parlant des langues agrémentées de cliquetis, ne s’en distinguent. Un argument supplémentaire qui confirme que notre espèce est bien née en Afrique. Et qui renseigne sur les migrations passées des différents groupes ethniques sur le Continent noir.

Pour obtenir des indices encore plus précis sur l’histoire migratoire d’Homo sapiens, les scientifiques doivent désormais étudier davantage encore de génomes, y compris ceux de squelettes partout à travers le monde. Actuellement, la recherche souffre de données biaisées par la surreprésentativité des génomes d’Européens, alors même que le Vieux continent a fait l’objet de divers mélanges dans les premiers temps de sa colonisation, en plus de son histoire récente. Pour se faire une idée plus précise de la situation, il est important de repartir de la base, et donc de focaliser une partie des recherches sur l’Afrique.

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