Si les chimpanzés s’entretuent, ce n’est pas la faute de l’Homme

Le meurtre et la guerre ne constituent pas le propre de l’Homme : les chimpanzés aussi les pratiquent. Le font-ils sous notre influence ? Certains le pensent. Mais une étude semble tordre le cou à cette idée.

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Les chimpanzés se battent parfois violemment au sein du groupe, mais ces agressions ne se terminent pas toujours en meurtre. Même si parfois cela se produit. En revanche, lors de raids expéditifs, les pertes sont fréquentes. © Caelio, Wikipédia, cc by sa 3.0

Nombreux sont ceux qui ont dû la prendre pour une folle. Lorsque la britannique Jane Goodall est partie vivre avec les chimpanzés dans les années 1960 pour les étudier, personne ne suspectait un instant la portée de ce qu’elle y découvrirait. Car ces grands singes ne sont pas nos plus proches cousins pour rien, et nous ressemblent par bien des facettes. Celles qui font notre gloire, comme la capacité à rire ou à créer des outils. Ou celles bien moins avouables, comme l’aptitude au meurtre et à la guerre. L’éthologue a observé des lynchages en bande organisée, qui finissent souvent mal pour l’individu isolé qui tombe sur un groupe auquel il n’appartient pas.

Inéluctablement, se pose la question de l’origine de ce comportement violent. Est-ce intrinsèque à nos deux espèces et le fruit de l’évolution, ou bien les grands singes pâtissent-ils de notre mauvaise influence ? La communauté scientifique reste divisée, une partie y voyant l’œuvre de la sélection naturelle, tandis que l’autre partie craint que les activités de braconnage et de déforestation ne suscitent une pression qui pousse les chimpanzés au crime, afin de préserver leur espace vital. Difficile de faire la part des choses.

Néanmoins, Michael Wilson (université du Minnesota) tenait à apporter une réponse à ce problème, dont on peut voir les résultats dans la revue Nature. Il fallait pour cela se donner les moyens humains. Ainsi, 29 autres scientifiques ont pris part à ce vaste projet qui consistait à suivre sur l’équivalent de 426 ans 18 communautés de chimpanzés pour y relever les meurtres. Le même exercice était également pratiqué pour 4 communautés de bonobos, sur un total équivalent à 96 ans.

Les chimpanzés de cette vidéo mènent une expédition sur le territoire d’un groupe voisin. Ils se déplacent en silence pendant que leurs rivaux se nourrissent. L’attaque est finalement lancée. Une femelle échappe de peu à la mort alors qu’elle est agressée. Un autre chimpanzé n’a pas la même chance. Il finit même dévoré. On ignore cependant les raisons de ce cannibalisme. © BBC WorldWide, YouTube

Meurtres chez les chimpanzés : pas de coup de main de l’Homme

De manière non surprenante, les chimpanzés se sont montrés bien plus agressifs que les bonobos. En tout, les chercheurs ont répertorié 58 meurtres observés directement, en plus de 41 cadavres mutilés qui ne laissent pas de doutes sur les causes de la mort d’après les blessures constatées, ainsi que 53 décès suspects étant donné les disparitions ou les stigmates laissés, cohérents avec un combat. Ces comportements agressifs ont été relevés chez 15 des 18 communautés. A l’inverse, les bonobos se sont montrés bien plus pacifiques : seul un cas suspect a été comptabilisé. Leur gestion des conflits par le sexe semble confirmer le vieil adage qui invite à faire l’amour pour éviter la guerre.

Les analyses statistiques menées par les scientifiques se montrent unanimes : en prenant en compte les relations de chaque groupe avec l’Homme, l’étude conclut que nos cousins pratiquent l’art de la guerre pour des raisons purement adaptatives et évolutionnistes, car les modèles mathématiques appuient sept fois plus cette hypothèse. En effet, les zones de conflits les plus intenses coïncident avec les régions où notre espèce se montre très peu présente. Nous avons beau être responsables de nombreux maux, il semble cette fois que l’Homme ne contribue donc pas à rendre les chimpanzés agressifs. La lutte pour le pouvoir, la nourriture et les partenaires sexuelles serait bien le nerf de la guerre chez nos cousins : 63 % des meurtres on été commis sur des membres d’un autre groupe, et dans 92 % des cas, les coupables étaient des mâles.

Si les uns saluent le travail exemplaire et approuvent les conclusions, les tenants de la théorie de l’influence humaine se montrent bien plus mitigés. Leurs critiques portent par exemple sur l’impertinence des critères retenus, la non-scientificité de la démarche lorsqu’ils ont mélangé les meurtres observés, déduits ou suspectés, ou bien encore regrettent des conclusions erronées à partir des éléments dont ils disposaient. Le débat ne semble pas clos, mais soulève malgré tout des questions. Avons-nous ce sens du meurtre et de la guerre en nous ? Et si tel est le cas, depuis quand ? Effectivement, si les dernières recherches suggèrent que l’empathie et le sens moral constituent des critères sélectionnés positivement par l’évolution, il serait bien naïf de croire qu’aucune de nos qualités immorales n’aient pas elles aussi été retenues.

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