Les étranges clients de Maître Wise

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Aux États-Unis, quatre chimpanzés croupissent dans une geôle. Maître Steve Wise se bat pour leur libération.
Steve Wise se bat depuis des années pour donner des droits aux animaux afin de pouvoir plaider leur cause devant la justice. © 2014 Pennebaker Hegedus Films, Inc

Steve Wise se bat depuis des années pour donner des droits aux animaux afin de pouvoir plaider leur cause devant la justice. © 2014 Pennebaker Hegedus Films, Inc

I – Tommy

Derrière les barreaux verts d’une cage sombre, exigüe et inhospitalière se détache une ombre intrigante. Un individu d’une vingtaine d’années, en pleine force de l’âge, vit à l’étroit dans cet espace peu accommodant. Son nom : Tommy. À la différence de vous et moi, Tommy ne sait ni lire ni écrire. Néanmoins, tout laisse à penser qu’il a conscience de son existence, se remémore son passé et surtout prépare son avenir, s’inquiète probablement de savoir comment pourvoir à ses propres besoins et, bien que peu bavard dans cet univers solitaire, souffre a fortiori de sa privation de liberté. Comme tout un chacun, en somme. Mais quel crime ou délit ce brave Tommy a-t-il commis pour mériter un tel sort ? Celui d’être le chimpanzé d’un cirque aujourd’hui disparu.

Ce combat ne date pas d’hier. Steve Wise le prépare même depuis près de 40 ans. Après avoir rêvé dans son jeune âge de devenir un rockeur charismatique à l’époque où il combattait la guerre du Vietnam ou, plus prosaïquement, d’exercer la médecine, cet assoiffé de justice sociale a finalement opté pour les études de droit. Le diplôme d’avocat en poche, le jeune magistrat se lance d’abord dans les affaires de coups et blessures. Son intérêt pour les animaux, révélé depuis sa plus tendre enfance, prend soudain une autre tournure. L’omnivore qu’il était opte pour un régime végétarien, ne voulant plus soutenir, même indirectement, le traitement imposé aux animaux d’élevage.

La lecture du livre militant de Peter Singer La libération animale, paru en 1975, associé à ses convictions personnelles lui font prendre conscience que le meilleur moyen de se montrer utile dans son combat consiste à plaider la cause des bêtes : « J’ai réalisé que leurs intérêts ne seraient jamais préservés tant que les animaux seront considérés comme des objets d’un point de vue légal, pour ainsi dire nos esclaves, ou qu’on ne leur attribuera pas de personnalité », avoue-t-il. Un point de départ qui va nécessiter une longue préparation et un travail de recherches approfondi.

Derrière ses barreaux, Tommy, un chimpanzé injustement prisonnier selon le Non-Animal Rights Project. © 2014 Pennebaker Hegedus Films, Inc

Derrière ses barreaux, Tommy, un chimpanzé injustement prisonnier selon le Non-Animal Rights Project. © 2014 Pennebaker Hegedus Films, Inc

Depuis lors, le défenseur du droit des animaux fourbit ses armes, et les aiguise au fur et à mesure de ses réflexions et des découvertes scientifiques. Il n’hésite pas à établir un parallèle entre la façon dont nous traitons nos compagnons à poils, à plumes ou à écailles et celle avec laquelle les maîtres dominaient leurs esclaves à toutes époques. Avant l’abolition, ces êtres humains ne valaient guère plus qu’une chaise ou qu’un lit douillet aux yeux des maîtres, car ils n’étaient que des objets, et non des individus. Comme les animaux aujourd’hui dans la plupart des pays. Nous serions même encore plus durs avec eux, selon les termes de l’avocat.

Cependant, les archives judiciaires britanniques font naître en lui un peu d’espoir. En 1772, l’esclavagisme commençait à être remis en cause par les penseurs des Lumières. William Murray, alors Lord Chef de la Justice d’Angleterre et du Pays de Galles prend une décision inédite et lourde de conséquences. James Somersett, un esclave qui avait tenté de fuir la servitude avant d’être repris, a présenté une ordonnance d’habeas corpus ‒ qui énonce que chaque personne doit savoir de quel chef on l’accuse avant d’être emprisonnée et privée de libertés ‒ devant la Cour royale.

Le juge a alors pris fait et cause pour l’homme à la peau noire, dénonçant l’absence de principes moraux et éthiques à l’origine de la promulgation de la loi établissant l’esclavage, instituée il y a bien des années. Une décision qui fera jurisprudence et qui accélérera fortement l’abolition du servage, définitivement adoptée en 1833 outre-Manche. Ainsi, cet Africain d’origine, qui ne jouissait d’aucun statut légal particulier, a pu recouvrir cette liberté fondamentale à laquelle il avait fondamentalement droit. Alors pourquoi ne peut-on pas étendre ces droits aux êtres non-humains ? Parce qu’ils ne peuvent prétendre disposer d’une personnalité ?

Une fausse excuse pour l’avocat américain.

De coupable à plaignant

Par le passé, dès le Moyen-Âge en réalité, certaines cours de justice du Vieux Continent ont organisé les procès de tout un tas de créatures diverses et variées, du cochon à la mouche, en passant par les anguilles, les ours ou les sangsues. Tous figuraient systématiquement sur le banc des accusés, ayant commis des méfaits bien différents, avec des peines allant de l’excommunication jusqu’à la mort après d’insoutenables tortures, en réparations des dégâts occasionnés. Une histoire que Steve Wise maîtrise bien, et qu’il évoque en 2000 dans l’un de ses ouvrages, Rattling the cage: toward legal rights for animals. Comme il le précise, « ces procès n’ont rien à voir avec mon travail actuel ». Effectivement,…

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