Homo sportivus, levez-vous !

Cet article est incomplet car il se retrouve en intégralité dans le magazine Sport et Vie n°146, des mois de septembre et octobre 2014.

Quand les hominidés ont-ils commencé à faire du sport ? Cette question est rarement posée en paléontologie. Peut-être parce que les paléontologues eux-mêmes sont peu soucieux de la chose sportive. Elle est pourtant pertinente. A leur manière, les loisirs physiques marquent l’évolution de l’espèce au même titre que d’autres étapes majeures de notre développement comme l’adoption de la bipédie, la maîtrise du feu, le culte des morts ou encore la fabrication d’outils.

On sait que les Grecs antiques organisaient de scompétitions sportives, avec les célèbres Jeux olympiques. Mais il n'aurait pas pour autant inventé les joutes à caractère sportif ! © MatthiasKabbel, Wikipédia, cc by sa 3.0

On sait que les Grecs antiques organisaient de scompétitions sportives, avec les célèbres Jeux olympiques. Mais il n’aurait pas pour autant inventé les joutes à caractère sportif ! © MatthiasKabbel, Wikipédia, cc by sa 3.0

L’écrivain français Nicolas Boileau écrivait en 1674 : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément. » Cette théorie se révèle pertinente pour bien des concepts. Mais pas tous ! Certaines choses se conçoivent bien et pourtant, on est embarrassé lorsqu’on tente d’en dessiner précisément les pourtours.

Les éponges ressemblent fort à des végétaux, mais rentrent dans le grand règne des animaux. © Nick Hobgood, Wikipédia, cc by sa 3.0

Les éponges ressemblent fort à des végétaux, mais rentrent dans le grand règne des animaux. © Nick Hobgood, Wikipédia, cc by sa 3.0

Exemple : qu’est-ce qu’un animal ? Sommé de répondre à cette question, on sera tenté de donner des exemples. Un chien, une truite, un moineau ou une mouche figurent parmi les membres du règne du vivant. Fort bien. Mais qu’en est-il de l’éponge marine qui vit en se cramponnant à son rocher ? À lire certains dictionnaires, un animal doit être doué de mobilité. Cela revient à ranger l’éponge de mer parmi les végétaux. Or les biologistes s’accordent pour dire que cet être étrange constitue une espèce basique des métazoaires, nom scientifique synonyme d’animal. Une plante doit en effet détenir le pouvoir de synthétiser des sucres à partir de la seule présence de lumière, de dioxyde de carbone et d’eau (bien qu’une fois encore, il existe des exceptions). L’éponge ne dispose pas des plastes chlorophylliens indispensables à cette photosynthèse. Elle se nourrit à partir de la matière organique en suspension dans l’eau passant à la portée de ses cellules. Elle n’est donc pas végétale et n’appartient pas non plus au règne fongique dans la mesure où elle s’alimente par ingestion et non par absorption comme le font les champignons, nos proches cousins eucaryotes et hétérotrophes. Arrêtons-nous ici. Cet exemple montre combien il est difficile de circonscrire précisément des connaissances quand bien même celles-ci nous paraissent évidentes. Il en va de même pour le sport. A partir de quel moment une activité physique peut-elle se targuer de devenir un sport ? Et quand cette métamorphose s’est-elle produite dans l’histoire ? Ce sont les deux questions auxquelles cet article va tenter d’apporter des réponses.

Dessine-moi un sport

Les théoriciens définissent souvent le sport comme une activité physique soumise à des règles précises. Pas de doute possible, le football, le cyclisme, le lancer du disque ou les courses de chevaux rentrent dans cette interprétation. Mais qu’en est-il de la danse par exemple ? Elle est indéniablement physique et soumise à des règles. Et le jeu d’échecs ? Là encore, on retrouve les deux composantes, sauf à considérer que le cerveau n’est pas un organe et que seuls comptent les efforts musculaires. Les échecs sont d’ailleurs reconnus comme sport par la fédération internationale olympique. Mais ce choix ne fait pas l’unanimité. Un furieux débat a récemment eu lieu sur ce thème en Belgique à l’issue duquel le Conseil

LEs échecs : un sport ou pas un sport ? Tout le mode n'est pas unanime ! © PublicDomainPictures, pixabay.com, DP

Les échecs : un sport ou pas un sport ? Tout le mode n’est pas unanime ! © PublicDomainPictures, pixabay.com, DP

d’État refusa ce statut à la discipline au prétexte de son trop faible niveau de dépense énergétique. Donc à la définition classique du sport, on se doit d’ajouter des alinéas. En plus de l’activité physique et de règles précises, on exige qu’il y ait une organisation de compétition (exit la danse), une dépense calorique élevée (exit les échecs), parfois même une notion de risque (exit les jeux vidéo). Le contexte de la pratique joue aussi un grand rôle. Pour être admis comme sport, il faut qu’une même pratique soit reconnue par un nombre conséquent d’individus. Il faut donc prendre beaucoup de précautions oratoires. Et même comme cela, la frontière entre jeu et sport reste ténue, si bien que les spécialistes disposent d’un vocabulaire différent pour distinguer les activités avec d’un côté les « jeux sportifs«  d’origine souvent traditionnelle qui s’apparentent au sport dans la mesure où ils recourent à la motricité et répondent à des règles bien établies mais sans sauter le pas d’une organisation plus large, et les « jeux institutionnels » gérés par des structures pyramidales qui comptabilisent notamment les résultats et en tiennent compte pour établir des hiérarchies complexes et organiser des compétitions. Les premiers se sont constitués lentement au fil de notre histoire. Les seconds en revanche sont récents. On les date en général de la seconde moitié du XIXe siècle sous l’influence de la puissance britannique soucieuse de bien encadrer ses élites et d’asseoir sa puissance coloniale. Cette distinction est essentielle pour marquer la naissance du sport dans notre histoire évolutive. Bien sûr, on ne s’attend pas à trouver des vestiges de fédérations dans les cavernes où se réfugiaient nos ancêtres. Mais on doit retenir ce critère d’une ébauche d’organisation centralisée pour évoquer l’émergence d’une activité que l’on pourrait enfin qualifier de sportive.

La suite à lire dans Sport et Vie.

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