La diversité génétique des Européens, quel mic-mac !

D’où viennent les Européens actuels ? Le scénario, qui se compose de plusieurs temps forts, vient d’être de nouveau complété par une recherche indiquant qu’il y a entre 4.000 et 5.000 ans, des nomades venus d’Asie ont légué quelques-uns de leurs gènes aux populations occidentales, avant de disparaître.

Différentes cultures se sont imposées en Europe au cours du Néolithique. Parmi les plus célèbre, la culture cardiale, concernant le sud, puis la culture rubanée, plus au nord. © Hamelin de Guattelet, Wikipédia, DP

Différentes cultures se sont imposées en Europe au cours du Néolithique. Parmi les plus célèbres, la culture cardiale, concernant le sud, puis la culture rubanée, plus au nord. © Hamelin de Guattelet, Wikipédia, DP

Pour savoir qui on est, il faut parfois comprendre d’où l’on vient. Si le plus souvent on connaît nos parents, nos grands-parents, voire nos arrières grands-parents, les amateurs de généalogie se confrontent assez vite aux limites des archives civiles, et ne remontent que de quelques siècles. Oui mais avant ? Les historiens, grâce aux écrits, parviennent à retracer les grandes lignes des conquêtes et des principaux mouvements migratoires des âges plus anciens. Mais l’écriture n’accompagne l’Homme que depuis les six derniers millénaires. Auparavant, pas d’histoires narrées en toutes lettres, seulement une préhistoire, dont il est difficile d’en dessiner précisément les contours.

Cependant, à force de recherches et de découvertes, les archéologues parviennent à rédiger les grandes lignes de l’origine des populations européennes actuelles, qui consistent en une succession de migrations et d’hybridations. Leurs outils : les squelettes retrouvés, les objets façonnés qui les accompagnaient, les méthodes de datation, et depuis peu, la génétique.

Une histoire en plusieurs temps

Cette carte représente la distribution maximale de l'Homme de Néandertal. En remontant d'Europe, Homo sapiens a donc croisé des populations néandertaliennes, déjà sur le déclin. © Ryulong, Wikipédia, cc by sa 3.0

Cette carte représente la distribution maximale de l’Homme de Néandertal. En remontant d’Europe, Homo sapiens a donc croisé des populations néandertaliennes, déjà sur le déclin. © Ryulong, Wikipédia, cc by sa 3.0

Homo sapiens, apparu en Afrique, quitte le continent noir il y a entre 70.000 et 60.000 ans. Ces petits groupes humains se dispersent : certains partent vers l’Est et colonisent progressivement l’Asie. D’autres optent pour le Nord-Ouest, vers l’Europe. Ces chasseurs-cueilleurs à la peau sombre croisent sur leur route des occupants plus anciens, proches mais malgré tout assez différents : les Néandertaliens. Si aucune trace n’atteste d’affrontements entre ces deux groupes humains, des rapprochements intimes ont été constatés. En effet, toutes les populations eurasiennes et américaines actuelles comptent dans leur ADN quelques pourcentages de gènes reçus par leurs proches parents Néandertaliens, reliquats d’une hybridation passée.

Au cours de leur première conquête de l’Ouest, les Homo sapiens ont atteint l’Europe entre 45.000 et 40.000 ans, alors que les anciens habitants disparaissaient progressivement, avant de finir par s’éteindre. A en croire une étude toute récente parue dans Nature, l’Homme moderne est très vite devenu le seul à peupler le Vieux continent. Les chasseurs-cueilleurs sont donc devenus maîtres de la zone et ont laissé des traces de leur passage jusqu’à l’extrême sud de l’Espagne ou au Portugal.

Mais la première vraie révolution est venue d’Orient. Il y a environ 9.000 ans, ces groupes de nomades ont vu débarquer d’Anatolie des tribus sédentaires, qui savaient maîtriser comme personne la nature, en apportant l’agriculture. Ces deux modes de vie vont coexister, et les populations se mélanger occasionnellement. A terme, les fermiers vont s’imposer sur tout le continent et différentes cultures vont se croiser, échanger, et là encore s’hybrider.

La part des nomades asiatiques

Progressivement, de nouveaux gènes sont venus s'ajouter dans l'ADN des populations européennes, ayant contribué à obtenir la diversité actuelle. © Adrian Cousins, Wellcome Images, cc by nc nd 4.0

Progressivement, de nouveaux gènes sont venus s’ajouter dans l’ADN des populations européennes, ayant contribué à obtenir la diversité actuelle. © Adrian Cousins, Wellcome Images, cc by nc nd 4.0

Comme le relate Ann Gibbons dans la revue Science, un nouveau chapitre vient encore compléter ce scénario. De nouvelles recherches menées par Johannes Krause (université de Tübingen, Allemagne) mettent en avant qu’il y aurait eu un troisième apport génétique majeur. Celui-ci aurait été plus récent, il y a entre 4.000 et 5.000 ans. Des populations nomades venues d’Asie auraient atteint l’Europe tout en léguant une partie de leurs gènes. Deux faits marquants sont à noter : les Amérindiens présentent également des reliques génétiques appartenant à ce peuple, alors même qu’ils avaient déjà colonisé le Nouveau Monde depuis une dizaine de millénaires. Les premières tribus traversant le détroit de Béring comptaient donc ces nomades comme ancêtres. Second point intéressant : ces populations ont fini par s’éteindre définitivement.

Les écritures n’ont pas fait mention de ces peuples, qui, pourtant, ont laissé quelques traces dans le génome des Européens. Or, on ne touche là que le début d’une longue histoire, faite de commerce, mais surtout de conquêtes guerrières, qui ont continué à façonner la génétique des Occidentaux, riche d’une très grande diversité.

En savoir plus : Ancient DNA Reveals Key Stages in the Formation of Central European Mitochondrial Genetic Diversity  ou 2000 Years of Parallel Societies in Stone Age Central Europe

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4 réflexions sur “La diversité génétique des Européens, quel mic-mac !

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